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CINÉMA. Vibrant hommage à la figure de la mère, sorcière, magicienne et héroïne du quotidien, le nouveau film de Xavier Dolan est un tourbillon d'émotions et de belles images.

 

14Jeune réalisateur brillant et prolifique, Xavier Dolan fait encore une fois un film autour d'une mère et de son fils adolescent. Ce qu'il assume parfaitement : "Mais s'il est un sujet que je connaisse sous toutes ses coutures, qui m'inspire inconditionnellement, et que j'aime par-dessus tout, c'est bien ma mère. Quand je dis ma mère, je pense que je veux dire LA mère en général, sa figure, son rôle. Car c'est à elle que je reviens toujours. C'est elle que je veux voir gagner la bataille, elle à qui je veux écrire des problèmes pour qu'elle ait toute la gloire de les régler, elle à travers qui je me pose des questions, elle qui criera quand nous nous taisons, qui aura raison quand nous avons tort, c'est elle, quoi qu'on fasse, qui aura le dernier mot, dans ma vie." L'outrance de cette admiration sera présente tout au long du film.

Cette fois, la mère est gentiment excentrique (dans ses vêtements, son mode de vie et son vocabulaire) et son fils est ce qu'on appelait autrefois un caractériel et désormais un "TDHA impulsif et violent"... en gros, il est ingérable et le film commence lorsqu'à 17 ans, l'institution qui le prenait en charge le rend à sa mère. Diane et Steve doivent réapprendre à vivre ensemble, à cohabiter. Dépassée mais téméraire Diane devient une mère courage débordée de toutes parts et Steve, entre deux crises de folie pure, hurle son amour pour sa "mommy", comme disent les anglophones. Un troisième personnage viendra tempérer cette relation toxique, Kyla, une douce voisine, en congé sabbatique de son travail, de sa famille, de sa normalité...

On retrouve donc les thèmes essentiels de l’œuvre de Xavier Dolan : la difficulté à être différent dans une société contemporaine très normative, la démesure dans les sentiments, des personnages hauts en couleur. Si Mommy ne pose pas la question de l'origine de cette violence, il en montre bien les conséquences sur des individus fragilisés. Dans leurs blessures et leur incompétence, Diane, Kyla et Steve sont magnifiés, jamais rabaissés, toujours capables d'être sauvés. Le personnage de Kyla, plus en retrait, reste mystérieux jusqu'au bout. C'est un contre-pied astucieux face à l'évidence du destin de Steve et de Diane. Les acteurs, Anne Dorval, Suzanne Clément, Antoine-Olivier Pilon, qu'on a déjà vu dans les précédents films du réalisateur, sont époustouflants d'énergie, d'intensité, et d'amour.

Tout le film est projeté à l'écran dans un quadrilatère, d'un format inhabituel dans le cinéma actuel qui, dans de rares moments où la vie des personnages se fait enfin plus grande et ouverte sur une lueur d'espoir, sétire sur toute la largeur de l'écran... Avant de revenir à un cadre plus restreint, que Xavier Dolan explique ainsi : "Après avoir tourné le clip d'Indochine ainsi, j'ai constaté toute l'humanité et l'efficacité de ce ratio sur le plan de la communicabilité émotive. Le quadrilatère qu’il constitue encadre les visages à la perfection, et représente à mes yeux l'idéal en terme de portrait ; aucune distraction ni affectations possibles : le sujet est indéniablement le personnage, au centre de l'image, toujours. Les yeux ne peuvent l'éviter. C'est par ailleurs le format des jaquettes de CD, de toutes ces pochettes d'album qui ont marqué notre imaginaire." Quand on sait que, comme pour ses autres films, Xavier Dolan fait aussi le montage, les costumes, la production et même le dossier de presse, on comprend alors à quel point le réalisateur veut nous embarquer dans cette histoire, sans nous donner aucune porte de sortie !

Heureusement, Xavier Dolan a un côté fleur bleue et le romantisme n'est jamais très loin. Si les fins heureuses ne sont pas toujours la norme dans ce bas monde, il en invente d'autres, lyriques et lumineuses, baignées de musiques qui permettent de croire aux miracles. En compétition au dernier Festival de Cannes, Mommy a reçu le prix du jury, partagé avec Jean-Luc Godard. Les membres du jury officiel ayant sans doute voulu célébrer le vieux et le neuf dans un même élan...

 

Magali Van Reeth
Signis France
Octobre 2014

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