Cinéma : histoire de Judas

Cinéma Pourquoi Judas a trahi Jésus ? En essayant de répondre à cette question, le réalisateur propose un portrait poignant d'hommes dépassés par leur foi et leur mission.

 

1504judasafficheHistoire de Judas

de Rabah Ameur-Zaïmeche
France, 2015, 1h39
Berlinale 2015, section Forum, prix du jury œcuménique
Sortie en France le 8 avril 2015

avec Nabil Djedouani, Mohamed Aroussi, Rabah Ameur-Zaïmeche

 

Dans les ruines de l'empire romain et les magnifiques paysages du Maghreb, Rabah Ameur-Zaïmeche met en scène les derniers temps de Jésus et de ses disciples. Au cœur du film, Judas, un homme sensible et aimant, est entièrement dévoué à Jésus. Fasciné par cette "trahison" de Judas, qui reste un mystère pour de nombreux croyants et non-croyants, le réalisateur nous plonge en immersion sur les pas des premiers chrétiens.

Sans bavardage intempestif mais avec un soin apporté à la bande son qui colle sans cesse aux bruits ordinaires des journées (tintement des cuillères, bourdonnement des mouches, froissement des étoffes, brouhaha des enfants), il rend vivant le récit de l'Evangile et cette humanité de Jésus. Rabah Ameur-Zaïmeche : "Le problème n'est pas la reconstitution, ce qui compte c'est la foi dans notre cinéma, sa cohérence, son énergie intérieure. On ne peut jamais filmer le passé, on ne peut que filmer ce qui est devant la caméra, des hommes et des choses d'aujourd'hui. Tout le film tient à son rapport au présent."

La lumière et la mise en scène donnent un côté sacré à l'ensemble. La dramaturgie des montagnes désertiques au soleil couchant, évoquant la puissance de Dieu, et les sites archéologiques, avec leurs ruines romaines où les colonnes brisées montrent à la fois la grandeur et la décadence du pouvoir humain,sont une évocation permanente de la transcendance du personnage de Jésus. Loin d'un récit empesé collant strictement aux textes d'origine, le réalisateur parsème son film de détails directement tirés des Evangiles qu'il interprète avec une belle simplicité, comme la sandale rattachée au pied d'un compagnon. Et, on a beau connaître la fin, la scène de la femme adultère est particulièrement touchante...

Tourné en Algérie, avec de nombreux acteurs et figurants locaux, les paysages et les décors collent parfaitement à l'imaginaire de l'histoire. Les costumes sont très proches des vêtements encore portés aujourd'hui et Jésus (le mystérieux Nabil Djedouani) et Judas (Rabah Ameur-Zaïmeche, tout en humilité et fascination)se fondent parfaitement dans la foule qui les accueille à Jérusalem. Et dans cet ancrage oriental, beaucoup de scènes, par le cadre, les matières des costumes et l'intensité de la lumière, évoquent les tableaux de la peinture classique, donnant au film un côté universel et intemporel.

Beaucoup de scènes montrent la joie, celle des disciples, pourtant souvent dépassés par les enseignements du maître, celles des enfants qui courent au devant de Jésus, la joie de ceux et celles qui ont été touché par "le flot d'amour". La crucifixion et la résurrection sont évoquées avec une légèreté qui laisse toute sa place au mystère et on retiendra longtemps la détresse de Judas, un homme soudain seul et comme amputé par ce qu'il a perdu...

Au Festival de Berlin, où ce film était en compétition dans la section Forum, il a obtenu le prix du jury œcuménique : "L’histoire intemporelle de la vie de Jésus est racontée du point de vue de Judas, ce disciple qu’on présente traditionnellement comme celui ayant trahi Jésus. Dans ce film, il est présenté comme Jésus, victime du pouvoir romain et de son système oppressif. Le récit de cette passion demande aux spectateurs d’aller au-delà de leur préjugés afin de mieux comprendre la vie et le message de Jésus. Faisant références aux actualités politiques internationales, Histoire de Judas montre combien il est nécessaire d’entendre ceux qui sont marginalisés."

Magali Van Reeth
SIGNIS
Avril 2015

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