cinéma : 300 hommes

Cinéma Sans tapage, ce documentaire nous invite à passer la nuit dans un refuge d'urgence, et à rencontrer ceux qui n'ont pas d'autre toit.

 

300 Hommes

d'Emmanuel Gras et Aline Dalbis
France, 2014, 1h22
Sortie en France le 25 mars 2015.

documentaire

documentaire 300 hommes afficheFilmer un refuge d'urgence où les sans-abris se retrouvent chaque nuit demande à la fois de trouver la confiance de ceux qu'on va filmer mais aussi de trouver la juste place de la caméra en fonction de ce qu'on veut montrer. Entre pudeur et voyeurisme, dénonciation et compassion, Emmanuel Gras et Aline Dalbis ont réussi à trouver une juste neutralité dans ce fouillis où, chaque soir d'hiver, 300 hommes sont accueillis pour quelques heures au chaud.

Puisque le lieu choisi appartient à une institution religieuse, les premières images montrent un homme d'une soixantaine d'années, simplement vêtu, une petite croix de bois au tour du cou, en train de prier dans une chapelle. Nous sommes à la fondation Saint Jean de Dieu de Marseille, ou le Forbin comme l'appellent familièrement les usagers et les habitants du quartier. L'ordre hospitalier des frères de Saint Jean de Dieu est une congrégation religieuse dont la mission est de montrer au monde "l'amour du Christ compatissant et miséricordieux de l'Evangile". Il gère ce centre d'accueil depuis la fin du 19ème siècle. Le centre n'accepte que des hommes, 300 et pas un de plus pour des raisons de sécurité, et que le temps de la nuit.

En suivant le prêtre lorsqu'il quitte la chapelle, on découvre peu à peu la vie ordinaire du lieu et de ses occupants. Sans commentaire, sans question, sans jugement ni sur l'agressivité de certains accueillis, ni sur la rigueur du règlement intérieur. Les habitués arrivent tôt pour prendre une bonne place près du radiateur, ils ont le temps de laver leurs chaussettes. Ils bavardent avec les accueillants et on devine que certains d'entre eux ont aussi connu des difficultés avant d'être au service des plus démunis qu'eux. Dans la cour où on peut fumer, le ton monte parfois et la violence a tôt fait de ressurgir. Repas, télévision puis extinction des feux. La nuit n’apaise pas tous les tourments et les mots des cauchemars résonnent dans les couloirs, à la lueur des ampoules de sécurité.

Le montage du film montre le centre de son ouverture dans l'après-midi jusqu'au lendemain où les hommes doivent quitter les lieux pour retourner à la rue. L'ordre religieux offre un "service humble, patient et responsable". Mais que feront-ils ces trois cents hommes qui n'ont ni travail ni maison ni projet, une fois passée la porte ? La dernière image est un déchet que le vent balaye sans fin sur le trottoir... A travers les paroles d'un des accueillis réguliers, qui parle de l'habitude de vivre en marge et en cercle fermé, d'un foyer à un autre où on trouve facilement le couvert et le gîte, le documentaire pose aussi une question plus délicate : quel projet a notre société pour ces 300 hommes-là ? Quand on sait que le centre Saint Jean de Dieu accueille des sans-abris depuis plus d'un siècle, la réponse est aussi évidente qu'odieuse...

 

Magali Van Reeth
SIGNIS

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