24/01/2019

une

Cinéma Le réalisateur, Jafar Panahi, n'a plus l'autorisation de tourner des films en Iran, ni de quitter son pays. Alors, avec les moyens du bord, quelques ruses et beaucoup de talent, il réalise des films tournés avec une équipe réduite (toute sa famille apparaît au générique du film) et une caméra très discrète.

 

Trois visages

de Jafar Panahi.
Iran, 2018, 1h40. Festival de Cannes, prix du scénario.
Sortie en France 6 juin 2018.


1Après avoir tourné dans son appartement, puis dans un taxi, cette fois, il part dans une campagne reculée et c'est lui qui conduit. A ses côtés, Behnaz Jafari, une actrice très célèbre qui tourne dans des séries populaires. Elle est bouleversée car elle vient de recevoir, sur son téléphone portable, une vidéo qui l'appelle à l'aide. Une jeune fille menace de se suicider car sa famille l'empêche d'entrer au conservatoire d'art dramatique et lui impose un mariage. Le réalisateur et l'actrice partent dans la nuit, pour empêcher le drame. Ils jouent leurs propres personnages mais toute cette histoire est bien sûr une fiction qui va créer un très beau film et parler du rôle des femmes et des artistes en Iran aujourd'hui.

Sur place, les paysans, les clients du café et les badauds les accueillent avec un grand sourire et beaucoup d’amabilité mais refusent de leur donner la moindre information qui puisse les aider. L'arrivée d'une actrice célèbre est un événement dans ce village - où il y a plus de paraboles que d'habitants - mais où une jeune fille qui veut faire du théâtre est juste un déshonneur pour sa famille, une écervelée qui risque de contaminer les autres jeunes filles. Le mot ''saltimbanque'' est lâché comme une insulte.

Le prix du scénario reçu au Festival de Cannes est bien mérité car l'histoire est intrigante et elle est racontée avec finesse, quelques pointes d'humour et de mystère. On est aussi frappé par la grande qualité des images. Bien sûr, les paysages vallonnés de cette partie de l'Iran sont superbes mais le réalisateur soigne la lumière. Même dans la voiture, le visage de l'actrice a des reflets veloutés bleu et doré, rappelant la peinture classique, et lorsque les fleurs des champs se reflètent dans la vitre, c'est un régal ! Tous les plans sont nets, les cadres splendides, comme cette maison éloigné, éclairée de l'intérieur au moment du couchant.

Pour Jafar Panahi, c'est une véritable souffrance ne pas pouvoir exercer son métier dans son propre pays. Humiliation aussi de savoir que ses compatriotes ne peuvent voir ses œuvres que dans la clandestinité. Un des personnages du film dit : ''certains jouent la comédie, d'autres jouent leur honneur''. Pour lui, c'est un honneur d'être ce saltimbanque qui, grâce à l'excellence de son art, nous touche et nous élève.

 

 

Magali Van Reeth
Juin 2018
SIGNIS

 

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