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La grande Assemblée

25/05/2018

une

Cinéma (Palme d'or Cannes 2017) Venue de Suède, une comédie grinçante qui dénonce les travers d'une société moderne et interroge notre responsabilité individuelle au sein de la "place" publique.

 

The Square

de Ruben Ostlund
Suède/Allemagne/France/Danemark, 2017, 2h22.
Festival de Cannes 2017, palme d'or.
Sortie en France 18 octobre 2017

 

1Passionné par le comportement de ses contemporains, Ruben Ostlund les observe de film en film avec à la fois la tendresse d'un ethnologue découvrant un peuple inconnu aux réactions étranges et le sentiment un peu honteux et désolé de leur être si semblable. Pourquoi, dans nos sociétés occidentales, sommes-nous devenus si méfiants envers l'inconnu ? Pourquoi le progrès engendre autant de misère sociale ? Pourquoi la violence finit-elle toujours par ressurgir ?

Christian est conservateur d'un musée d'art contemporain et prépare le lancement d'une exposition appelé "The Square" destinée à faire réagir les visiteurs sur leur comportement en société. En anglais, le "square", c'est à la fois le carré géométrique et la place publique des centres villes. A la fois un lieu très fermé et délimité, et un espace de rencontre, ouvert à tous et à toutes directions. De cette ambivalence, l'artiste fait une œuvre d'art et le réalisateur un film prenant, à la mise en scène très soignée, une superbe réflexion en images.

Si l'attribution de la palme d'or au dernier Festival de Cannes à ce cinéaste peu connu du grand public, a pu surprendre, elle est largement méritée au regard des qualités techniques du film. Il est réalisé de façon aussi rigoureuse que discrète. La scène d'ouverture est finement orchestrée et fait entrer de plein pieds le spectateur dans l’ambiguïté de notre rapport aux autres, au milieu du brouhaha d'une grande ville. L'élaboration du récit est linéaire et concentré sur peu de temps. On reste en permanence avec Christian, aussi perplexe que lui quant à la suite des événements. Des détails le campent efficacement (la couleur de ses lunettes, la voiture électrique qu'il conduit, sa barbe de 3 jours impeccable en toutes circonstances). Les dialogues, notamment dans le monde de l'art actuel ou celui des agences de communication, sont savoureusement drôles tant ils renvoient à la réalité. Tous les acteurs du film sont impressionnants et confondants de vérité, de l'artiste toujours en pyjama (Dominik West) au petit garçon (Elijandro Edouard) qui exige avec véhémence et ténacité des excuses, en passant par la journaliste américaine (Elisabeth Moss) qui veut codifier toute action. Claes Bang, qui tient le rôle principal, sait changer de visage dans la dernière partie du récit.

Sur le fond, le film se regarde avec plaisir n'étant ni une leçon de sociologie ni une accusation. Avec de l'humour et des rebondissements, le réalisateur interroge notre rapport aux autres, dans une société qui veut gommer toute manifestation de violence individuelle mais dont la structure inégalitaire est d'une violence inouïe. Malgré sa durée (2h22), le film ne semble pas long tant les événements s'enchaînent à un rythme soutenu. Tous les clichés de la Suède affleurent discrètement dans le film : les enfants amenés par leurs pères au travail, pour cause de divorce et de paternité assumée, une façon extrêmement courtoise de contrôler ses émotions et tout d'un coup, un coup de chaud où la violence revient vite. Mais aussi les migrants de tous bords accueillis en grand nombre ces dernières années, et qui peuplent les banlieues, les tunnels, les bancs publics. Comme on ne pénètre que dans les appartements des nantis, on ne retrouve pas, comme dans la plupart des films français, l'incontournable mobilier Ikea.

Ruben Ostlund porte un regard assez acide sur le monde de l'art actuel et de la communication. Il s'interroge, et nous interroge sur nos façons contemporaines de "faire société" lorsqu'on demande aux individus de renoncer à toute violence physique mais que les inégalités sociales sont de plus en plus visibles. Il sait aussi dépasser la dérision pour donner des signes d'optimisme. Le film se termine par un spectacle de danse rythmique et sportive, où participe la fille aînée de Christian. Comme toutes les autres scènes du film, celle-ci n'est pas là par hasard mais montre des exercices qui ne peuvent être réalisés que lorsque plusieurs individus se coordonnent pour agir ensemble et acceptent de faire confiance aux autres pour la réussite de tous : bel exemple d'une communauté soudée et fraternelle !

 

Magali Van Reeth
SIGNIS

 

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