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Cinéma Avec finesse et humour, la réalisatrice montre les désarrois, les incohérences et les certitudes d'une adolescente ordinaire dans une période où elle ne supporte plus ni sa famille, ni l'école.

 

Jamais contente

d'Emilie Deleuze
France, 2015, 1h29
Sortie en France 11 janvier 2017

avec Léna Magnien, Patricia Mazuy, Philippe Duquesne, Alex Lutz, Mehdi Messaoudi.

 

1701jamaiscontente afficheLe film est inspiré du roman de Marie Desplechin, Le Journal d'Aurore, un gros succès d'édition de la littérature jeunesse, qui a été repris en bandes dessinées. C'est l'histoire d'Aurore, 13 ans, pendant les quelques mois où elle redouble sa classe de 5°, donc perd ses copines, se sent humiliée face à sa petite sœur qui est une excellente élève et dépassée par sa grande sœur qui est déjà presque une adulte.

Aurore se trouve moche et elle ne sait pas quelle relation avoir les garçons. Elle est persuadée que sa mère ne l'aime pas, puisqu'elle lui sert du gratin de légumes. Elle absorbe sans aucun discernement les conversations des copines et des médias, demande avec aplomb - mais sans savoir de quoi elle parle - par qui elle a été abusée et termine sa fugue avant le coucher du soleil à cause d'un lit pas assez confortable.

Dans la bulle d'incompréhension qu'elle s'est construite, Aurore peut être parfois très méchante, notamment avec sa mère et alors qu'elle voudrait plus de preuve d'amour, ne supporte pas de voir ses parents s'embrasser. Elle sait bien énerver son père, très anti-religieux, en construisant une crèche sous le sapin de Noël. Avec les garçons, elle est d'une maladresse extrême et passe son temps à claquer les portes puis à s'excuser. Il faut l'infini patience de son nouveau professeur de français pour l'obliger à se dépasser et à mettre par écrit son dégoût des textes classiques, pas assez réaliste pour elle.

Si le portrait d'Aurore est un portrait très juste d'une adolescente, il est aussi porté par un bel élan de cinéma, une mise en scène fluide, qui n'insiste pas sur les évidences et avec quelques scènes très réussies. Notamment la ronde des profs du collège tournoyant dans la salle de classe et faisant monter un brouhaha étourdissant de connaissances et de sons, où l'anglais se mélange aux mathématiques, l'histoire aux sciences naturelles et le français se fond dans la grammaire : pour Aurore, tout se confond, semble inutile et inaccessible. La vie quotidienne d'une famille est aussi bien rendue, avec la stupeur des parents face aux comportements si étranges d'Aurore, les disputes entre sœurs, le repas de Noël et sa "bombe" au dessert.

Jamais contente dédramatise, par l'humour, les tourments de cet âge difficile. Tous les acteurs, et notamment les plus jeunes, sont remarquables de naturel et donnent du cœur à l'ensemble. Un film que les adolescents rechigneront à regarder avec leurs parents donc laissez-les aller le voir avec leurs copains, ils adoreront... à partir de 12 ans.

 

Magali Van Reeth
SIGNIS
Janvier 2017

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