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Cinéma Plus qu'une simple histoire de résilience, le nouveau film de Marco Bellocchio démonte avec brio les mécanismes des émotions qui sautent les époques pour revenir hanter le présent.

 

Fais de beaux rêves

de Marco Bellocchio
Italie, 2016, 2h10.
Festival de Cannes 2016, sélection Quinzaine des réalisateurs.
Sortie en France 28 décembre 2016.

avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo.

 

1Parce qu'elle était tout pour lui et qu'il était subjugué par le charme de cette femme rieuse, Massimo, neuf ans, refuse d'accepter la mort de sa mère et s'enferme dans une colère et un mensonge qui vont l'accompagner jusque dans sa vie d'adulte. C'est une histoire de résilience que le réalisateur italien Marco Bellocchio va raconter en entremêlant les souvenirs d'enfance et les éléments clés de la vie d'adulte de Massimo qui vont peu à peu l'amener à voir la réalité en face et à accepter ce deuil.

Baigné d'une lumière grise, les souvenirs d'enfance de Massimo lui remontent à la gorge. Des scènes joyeuses en compagnie de sa mère, elle le prend par la main pour danser dans le salon, ils sont blottis ensemble sur le canapé pour regarder un feuilleton à la télé. L'irruption de ces souvenirs le paralyse et les émotions ressenties l'empêchent vraiment de vivre sa vie d'adulte. Il n'a pas de mot pour exprimer le vide laissé par la mort de sa mère, personne à qui en parler. Collégien, il disait qu'elle était partie vivre à New York. Il ne comprenait pas les mises en garde d'un ses professeurs, prêtre et scientifique qui lui demandait de ne pas raconter de mensonges et de se poser les questions jusqu'à en trouver les réponses. Plus tard, devenu solitaire dans sa vie, il est journaliste de foot et trouve dans la liesse des stades l'illusion d'une communion avec d'autres.

Marco Bellocchio prend tout le temps nécessaire pour construire des scènes qui semblent, au premier abord, des digressions dans le récit. En fait, elles contiennent toutes une parcelle de cette vérité que Massimo ne veut pas voir, et ce sont sans doute les plus réussies et les plus originales du film, comme celle du comité de rédaction de La Stampa. L'épisode de Sarajevo, presque entièrement mené sans dialogue, est lourd de sens à la fois pour comprendre le personnage mais aussi pour comprendre notre époque, le rôle des médias à mettre en scène le drame, et notre propension si naturelle à faire abstraction de la réalité lorsqu'elle nous gêne...

Fais de beaux rêves est un film très ancré dans la réalité italienne, comme le sont souvent les films du réalisateur. Le foot et la religion sont très présents. On est à Turin, dans un appartement tout proche du stade des Toro, l'autre célèbre équipe de la ville, plus populaire. La télévision donne des repères temporels, à travers les soubresauts de l'actualité. Pourtant sa portée dépasse le cadre anecdotique puisque Marco Bellocchio filme de façon très juste les incompréhensions de l'enfance, le chagrin sans larme, le secours de l'imaginaire. Puis comment les souvenirs surviennent dans une vie d'adulte, comment chaque mort nous ramène à la première mort qui nous a vraiment touché et dont nous n'avons pas compris toutes les répercussions.

Adapté du roman de Massimo Gramellini, Fais de beaux rêves mon enfant, le film ne cherche jamais à apitoyer le spectateur ni à condamner l'un ou l'autre des personnages mais plutôt à montrer combien le travail de résilience a besoin de la vérité. Non pas celle qu'on croit que les autres nous cache mais celle qu'on refuse de voir...

 

 

Magali Van Reeth
SIGNIS
Janvier 2017

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