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Conte "Mémoire d'un chapelet" est un conte dont le personnage principal est un chapelet qui est passé de mains en mains, notamment au cours des différentes JMJ, et a fait le tour du monde. Un voyage passionnant à travers les trente dernières années. Par Pierre Jeanson, étudiant à Cergy.

 

 

 

Mémoires

d’un chapelet

 

Un conte de Pierre Jeanson

 

Paix sur toi, cher lecteur ou chère lectrice ! Je ne sais pas qui tu es, ni quel est ton nom, ni encore quelle est ton histoire, mais cela est sûrement passionnant. En ce qui me concerne, personne n’a jamais pensé à me nommer, mais j’ai tout de même vécu des expériences qui méritent d’être racontées. Qui suis-je ? Un chapelet, un simple chapelet monté sur corde et aux grains de buis.

Je suis donc de composition rudimentaire et d’origine modeste. En effet, certains de mes semblables sont d’authentiques pièces d’orfèvrerie aux matériaux précieux, qui étaient un signe extérieur de richesse et servaient plus aux cadeaux et au paraître qu’à la prière. Mais ce n’est pas mon cas. J’ai été réalisé au sein d’une communauté religieuse au fin fond de la campagne française. Néanmoins, cher lecteur ou chère lectrice, j’ai eu la chance de beaucoup voyager. J’ai même, pour ainsi dire, fait le tour du monde.

Eh oui, un chapelet, surtout quand il n’a pas de valeur, a vite fait d’être généreusement donné au voisin qui n’en a pas, de retraite en retraite, de pèlerinage en pèlerinage, de Journée Mondiale de la Jeunesse1 en Journée Mondiale de la Jeunesse…

Qui a inventé cet étrange objet que je suis ? Nos origines remontent en Occident au Moyen Âge. Certains disent que nous avons été imaginés par des moines du XIe siècle, par Pierre l’Ermite ou encore, plus tard, par saint Dominique. Au début, on récitait seulement une cinquantaine de Notre Père, et c’est plus tard que sont apparues les dizaines de Je vous salue Marie. Suite au Concile de Trente, au XVIe siècle, la prière du chapelet s’est popularisée au sein des familles catholiques. Nous porter et nous égrener est devenu un usage, y compris chez les hommes illustres, dont certains priaient le rosaire pour le combat. La légende dit que certaines batailles ont été gagnées grâce à ces invocations à la Vierge… Pour les grands de ce monde, on fabriquait des chapelets de luxe, et c’est ainsi que sont apparus les artisans qu’on appelait « patenostriers » ou « patenôtriers ». Puis à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, notre histoire a été impactée par la Révolution industrielle. A cette époque, plusieurs dizaines de fabriques parsemaient le territoire de mon cher pays natal, en particulier à Ambert en Auvergne, et à Saumur en Anjou. Pour les plus simples d’entre nous, les fabriques envoyaient même les éléments nécessaires à notre création à des ouvrières à domicile qui procédaient à l’enchaînage des grains à l’aide d’un fil de laiton et d’une pince à chapelet en acier trempé.

Pour ma part, c’est à la fin de l’année 1979 qu’on m’a monté sur une corde. Ce procédé est apparu au sein de communautés religieuses, où l’on utilisait initialement des fils de chanvre ou de lin. Entre 1950 et 1960, certaines ouvrières à domicile produisaient aussi des chapelets de cette manière. Aujourd’hui, on se sert plutôt de fils de nylon, et mes semblables sont maintenant fabriqués en usine, notamment en Chine, même si, exceptionnellement, un joailler ou un bijoutier peut réaliser une pièce spécifique.

Mais moi, c’est dans une modeste communauté religieuse, au fin fond de la campagne française, que j’ai été conçu et fabriqué. À peine avais-je vu le jour qu’on m’enferma dans une boîte avant de m’expédier vers un lieu où les gens nous achètent en masse…

LIRE L'INTEGRALITE DU CONTE

Juin 2016

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